Cela vaut bien une guerre - l'Humanite 07/04/11

Publié le par revuedepressecigbagbo.over-blog.com

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Comme au bon vieux temps de la Françafrique flamboyante, des réseaux Foccart à la complaisance vis-à-vis des massacreurs du Rwanda, Nicolas Sarkozy et son nouveau ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, renouent avec la politique de la canonnière. Faire oublier un temps le terrible bilan social du quinquennat, cela vaut bien une guerre, et puis une autre. Après Tripoli, Abidjan est à son tour dans le viseur de l’armée française qui se voit, une fois de plus, détournée de sa mission de défense nationale pour partir « en croisade », dixit Claude Guéant, sur le continent africain. Près de quatre ans après le discours de Dakar qui avait soulevé d’indignation toutes les consciences du Continent,

Nicolas Sarkozy ne se contente plus d’affirmer que « l’homme africain « n’est pas assez entré dans l’histoire », il veut lui appliquer un traitement de choc, un cocktail d’obus de chars et de missiles tirés d’hélicoptères. Mais l’intention est pure, nous serinent les bonnes âmes de l’ordre néocolonialiste, puisqu’il s’agirait de protéger la population civile des tourments que lui fait subir un président battu qui s’accroche au pouvoir. Voilà pour la thèse officielle, la même invoquée en Libye, et il y a onze ans pour justifier les bombardements de Belgrade et mettre l’UCK à la tête du Kosovo.

Protection des populations civiles ! Combien de crimes de guerre – contre les populations civiles – a-t-on commis en ton nom ? Nicolas Sarkozy joue au petit Bush, un triste rôle que ne veut plus tenir Barack Obama. Ce faisant, les responsables de cette aventure au lourd parfum néocolonial sont en passe de commettre une nouvelle faute en dressant les Ivoiriens les uns contre les autres, en divisant encore un peu plus un pays dessiné par la domination française. Au passage, le « choc des civilisations », cette dangereuse chimère en vogue chez les néoconservateurs américains, Nicolas Sarkozy tente de la mettre en scène à Paris avec le colloque de l’UMP sur l’islam. Semer la division en France ou en Afrique tourne à l’obsession. Résoudre la crise ivoirienne exige une intense activité diplomatique visant à apaiser, à faciliter la réalisation de compromis, de solutions vivables qui préservent l’avenir. Mais la diplomatie n’a plus guère cours à Paris, et le retour d’Alain Juppé au Quai d’Orsay n’a apporté aucun signe encourageant.

Deux guerres en un trimestre, quel bilan pour un diplomate ! Ne nous berçons pas d’illusions. Les dirigeants français ne visent, à travers l’aventure ivoirienne, que le renforcement de la mainmise économique sur ce fleuron de l’empire néocolonial. La légitimité supposée ou contestée de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara pèse aussi peu que le respect des droits de l’homme au Gabon ou au Cameroun. « On chercherait à dresser les Africains contre les Français qu’on ne s’y prendrait pas autrement », s’inquiètent les intellectuels de Dakar. Le président de l’Union africaine, tonne : « Les pressions pour qu’Alassane Ouattara soit reconnu comme président de la Côte d’Ivoire ne sauraient impliquer une guerre, une intervention étrangère. » L’Afrique du Sud a raison de souligner que la résolution 1975 ne prévoyait nullement une intervention militaire. L’ONU, seule instance représentative des États du monde, est le jouet des grandes puissances de l’ordre dominant. En demandant l’intervention militaire de l’ancienne puissance coloniale dans la crise ivoirienne, Ban Ki-moon n’a pas grandi l’autorité des Nations unies. En ouvrant le feu à Abidjan, Nicolas Sarkozy se pose en suzerain d’un Alassane Ouattara condamné au mieux à apparaître comme un fantoche d’une France impérialiste et néocoloniale.

Jean-Paul Piérot

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