Le syndrome du colonialisme a la vie dure

Publié le par revuedepressecigbagbo.over-blog.com

Editorial par Jean-Paul Piérot
Syndrome néocolonial


http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRTGDOuk9-y49shuUkM68HUnT7mGnDp7iYC6pNCuZUbnn7Y8mWgFwc’est l’affaire du peuple ivoirien

 

À l’annonce de l’intervention des militaires contre la résidence présidentielle de Côte d’Ivoire et de l’arrestation de Laurent Gbagbo, une sorte d’exaltation transportait nombre d’éditorialistes et de chroniqueurs qui se félicitaient, sans rire, de la victoire du droit et de la démocratie. Trop rares étaient les voix qui s’indignaient, non pas qu’Alassane Ouattara ait effectivement remplacé l’ancien président – c’est l’affaire du peuple ivoirien –, mais que ce changement à la tête d’un pays souverain ait été réalisé par l’armée de l’ancienne puissance coloniale.

 

Avec des chars et des hélicoptères de combat

 

Avec des chars et des hélicoptères de combat. «?Victoire pour la France?», affirmait le Figaro, qui retrouve les accents d’une époque qu’on pensait révolue. Belle victoire en vérité que cette aventure dans laquelle s’est engagée l’une des premières puissances militaires dans un pays d’Afrique en crise afin d’installer au pouvoir le protégé du moment.

 

C’est une victoire à la Pyrrhus, car la France, loin d’augmenter son crédit auprès des peuples d’Afrique, creuse un peu plus le fossé entre Paris et des populations africaines qui se sentent humiliées. En effet, en s’ingérant violemment dans un pays réputé souverain, en menant en France une politique xénophobe dont souffrent tant d’originaires du continent africain, en refusant les visas à des écoliers sénégalais, la France de Sarkozy est perçue comme un État hostile et revanchard à l’égard de son ancien empire.

L’ONU aurait été dans son rôle, dès lors qu’elle avait validé la victoire électorale d’Alassane Ouattara, en faisant pression sur Gbagbo afin qu’il reconnût le verdict des urnes. La diplomatie peut mobiliser de nombreux instruments pacifiques afin de conduire des États à respecter les résolutions du Conseil de sécurité. Cela peut demander du temps et aussi, faute de volonté politique, demeurer des décennies durant lettre morte, comme la résolution 242, qui depuis 1967 demande aux dirigeants israéliens d’évacuer les territoires palestiniens illégalement occupés.

 

Mais cela peut progresser vite si l’ONU se mobilise. S’il faut s’interroger sur les moyens que l’ONU doit mettre en œuvre pour faire respecter le droit, la tendance actuelle à recourir à la force et à banaliser la guerre est à la fois dangereux et contraire à la mission fondamentale des Nations unies?: la sauvegarde de la paix. Si les crises étaient résolues dans la facilité, ce ne seraient pas des crises. La crise ivoirienne, qui n’est pas sans rapport avec l’héritage colonial et les pratiques de la Françafrique, qui a contraint les élites politiques à la soumission, nécessitait un autre traitement que ce remake des «?La légion sautent sur Kolwesi?» ou des opérations américaines au Panama et à la Grenade dans les années quatre-vingt.

 

Ils auraient laissé les hommes d’Alassane Ouattara commettre des actes de violence

 

Les autorités françaises en sont réduites aujourd’hui à affirmer que les soldats français ne seraient pas entrés dans la résidence présidentielle. Ils auraient laissé les hommes d’Alassane Ouattara commettre des actes de violence subis par Gbagbo et ses proches lors de leur arrestation. Des dénégations qui ne convaincront que les naïfs ou les complaisants. C’est bien l’armée française qui a débarqué l’ex-homme fort du pays, comme au bon vieux temps. Nicolas Sarkozy réactive la Françafrique c’est-à-dire la domination impérialiste et néocoloniale à l’heure de la globalisation néolibérale.

 

la capture de Gbagbo est un signal inquiétant pour les peuples d’Afrique

 

À l’heure aussi de l’extension de l’Otan devenue une arme d’intimidation au service des marchés. De ce point de vue, la capture de Gbagbo est un signal inquiétant pour les peuples d’Afrique. Qu’on nous permette de ne pas féliciter l’armée française pour son fait d’armes d’Abidjan.

La tendance actuelle à recourir à la force et à banaliser ?la guerre est ?à la fois dangereuse et contraire à la mission fondamentale ? des Nations unies?: la sauvegarde ?de la paix.

Par Jean-Paul Piérot

http://humanite.fr/12_04_2011-syndrome-n%C3%A9ocolonial-470039

 

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